Réponse aux critiques sur l’approche neurolinguistique (ANL)
En 2022 est apparue une série d’articles critiquant vivement les auteurs et promoteurs de l’approche neurolinguistique (ANL), notamment mon ouvrage de 2017. Cet article propose une réaction personnelle à ces critiques, en abordant d’abord l’adhésion sans réserve de l’auteur aux vues de Roussel et Gaonac’h sur la double dissociation, l’opposition explicite/implicite et l’absence de nouveauté dans l’ANL. Ensuite, il présente les origines et finalités de l’ANL, puis examine la posture épistémologique de l’auteur des critiques. Enfin, il met en lumière sa confusion des genres et suggère que sa position s’explique par un conflit d’intérêts personnel, en plus de méconnaissances et adhésions erronées.
📊 L’argument d’autorité
Antier reproche à l’ANL de s’appuyer sur un argument d’autorité des neurosciences et soutient les points de vue de Roussel et Gaonac’h. Ces derniers critiquent la notion de double dissociation entre mémoire déclarative et mémoire procédurale, affirmant une confusion dans l’ANL entre ces mécanismes. Cependant, leurs preuves reposent sur des expériences avec une langue artificielle, ce qui, paradoxalement, confirme plutôt la position de Paradis selon laquelle le savoir déclaratif et procédural sont indépendants.
Le raisonnement critique d’Antier repose sur un faux syllogisme, affirmant qu’il existe transformation du savoir explicite en savoir procédural, sans apporter de données empiriques solides. En réalité, la thèse de Paradis est appuyée sur de nombreuses recherches empiriques conduites dans des contextes scolaires réels, où les effets comportementaux sont démontrés.
💻 L’opposition explicite/implicite
Sur cette question, Antier adopte la position erronée de Roussel et Gaonac’h, qui affirment à tort que l’ANL rejette toute approche explicite. Or, les travaux fondateurs de l’ANL insistent clairement sur le développement simultané de la compétence implicite et du savoir explicite, notamment la conscience du fonctionnement de la langue, des règles et du vocabulaire.
🏥 L’absence de nouveauté dans l’ANL
Les critiques affirment que l’ANL ne représente pas d’innovation et s’inscrit dans des traditions didactiques anciennes, mais ces affirmations contiennent plusieurs inexactitudes. Notamment, l’ANL diffère nettement de l’approche naturelle de Krashen en limitant l’input à un nombre restreint de phrases modèles et en valorisant surtout l’output comme condition essentielle d’acquisition.
De même, le lien avec l’approche communicative est superficiel : l’ANL privilégie la communication authentique et les intérêts personnels des apprenants, plutôt que des besoins prédéterminés ou des activités simulées. L’ANL précède aussi chronologiquement l’approche actionnelle et la méthode directe, avec des principes spécifiques qui ne sauraient être confondus.
Une autre idée erronée est qu’il serait interdit dans l’ANL d’utiliser la langue source. Au contraire, des photocopies de guides pédagogiques souvent gratuits illustrent la grande flexibilité de l’ANL, qui ne propose aucune liste rigide de structures linguistiques à enseigner.
🌍 Les origines et finalités de l’ANL
Les premières expérimentations de l’ANL, alors appelée approche transdisciplinaire, remontent à 1998 et s’appuyaient sur les concepts de Cummins et Vygotski. L’expression « approche neurolinguistique » a été adoptée en 2009 pour désigner cette méthodologie en milieu adulte universitaire, notamment en Chine, en référence à la théorie unificatrice de Paradis.
De nombreux chercheurs indépendants ont depuis réalisé des recherches empiriques sur l’ANL, qui se poursuivent aujourd’hui. L’ANL se base sur principes généraux adaptés aux contextes socioculturels locaux, favorisant la délibération collective entre didacticiens et enseignants, loin d’une posture applicationniste.
Les objectifs de l’ANL ne se limitent pas à la dimension fonctionnelle ou pragmatiste ; chaque unité pédagogique inclut des objectifs communicatifs, cognitifs/affectifs et culturels. La langue est aussi considérée comme une vision du monde, justifiant une pédagogie de la phrase pour acquérir les propriétés grammaticales inhérentes au lexique.
Enfin, l’universalisme reproché à l’ANL n’est qu’une hypothèse explicative prudente, étayée par des recherches en neurosciences montrant l’universalité des mécanismes neuronaux d’apprentissage, avec des adaptations culturelles, illustrant la complémentarité entre données empiriques et linguistique cognitive.
📚 À propos d’épistémologie
La critique d’Antier se caractérise par une triple faiblesse épistémologique. D’abord, sa conception naïve des neurosciences comme « sciences dures » ignore leur appartenance aux sciences humaines et sociales, où la diversité contextuelle et le changement social génèrent écoles de pensée rivales.
Ensuite, son argumentation personalise le débat par des opinions basées sur son expérience personnelle d’enseignement, sans tenir compte des distinctions entre utilisation accélérée des formes et transformation automatique des savoirs. Il rejette aussi les données neuroscientifiques sur le système limbique et le désir de communiquer.
Enfin, son épistémologie se prive de sa dimension empirique : il postule des hypothèses non étayées, ignore les nombreuses recherches empiriques rigoureuses à la base du Français Intensif (ancêtre de l’ANL) et omet de mentionner les données probantes publiées et évaluées par les organismes ministériels.
🎓 La confusion des genres
Antier mêle indistinctement la critique des concepteurs de l’ANL à celle de ses promoteurs, qualifiant l’ANL de « rhétorique d’autopromotion » manquant de rigueur scientifique. Or, la promotion de l’ANL s’appuie sur des résultats d’efficacité observés en contexte scolaire, tout en reconnaissant ses limites qui concernent des élèves de profils variés.
⚖️ Des propos diffamatoires et un conflit d’intérêts
La critique d’Antier révèle une idéologie anti-ANL qui ne correspond pas aux caractéristiques réelles de l’approche. Les accusations de conflits d’intérêts des concepteurs sont infondées : ni ma collègue ni moi n’avons eu d’intérêts financiers dans l’ANL, qui ne dispose ni de manuel ni d’ouvrage commercial. Les enseignants reçoivent gratuitement les supports pédagogiques proposés.
Au contraire, Antier est co-auteur d’un manuel utilisé au Japon et sa position anti-ANL pourrait traduire un conflit personnel d’intérêts. Sa méthode consiste aussi à répéter certains passages d’articles antérieurs, un autoplagiat caractérisé, témoignant d’une rhétorique belliqueuse plutôt que d’un débat scientifique constructif.
📝 Conclusion : Pour une ouverture à la critique argumentée et au débat éclairé
Ces critiques permettent une mise au point importante après plus de 25 ans d’expérimentations contrôlées en didactique des langues. L’ANL se distingue des autres méthodes par ses fondements empiriques et théoriques, tout en acceptant ses mérites et limites. Malgré les tentatives de protection d’intérêts personnels, il est essentiel d’encourager un débat scientifique honnête, séparant clairement les résultats de recherche du langage promotionnel des défenseurs de l’approche.
Version anglaise de l’article traduite grâce à l’IA.
Source & Crédits
Auteur : Claude Germain
Article original : https://journals.openedition.org/rdlc/15121
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